Non à l’hôpital médian du Sud Aveyron !

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L’hôpital médian est un projet de construction d’un nouvel hôpital flambant neuf pour remplacer 2 hôpitaux : celui de Millau et Saint-Affrique. Le hic, c’est que ce n’est pas du tout dans l’air du temps (🌻) et un des emplacements choisis pourrait être sur le site de Baumescure, commune de La Bastide Pradines, dévastant au passage une partie du Larzac :


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Face à ce problème écologique mais surtout humain, voici le texte qu’a écrit et lu ma soeur pour le Comité Technique d’Entreprise (CTE) de l’hôpital de Millau. Ce texte est remarquable et explique bien le problème (Merci !) :

CTE – Hôpital de Millau – 17 Juin 2021

Des décisions très importantes et symboliques vont devoir se prendre dans les prochains mois. Ces décisions vont nous inscrire dans une logique qui en dira long sur la considération de l’humain et du soin dans nos hôpitaux publics.

Pour la population, l’hôpital a une fonction qui dépasse ses missions, celui d’accueillir et de soigner certes mais surtout de sécuriser.

Sécuriser les gens fragiles, dépendants, âgées, fous… parce que l’hôpital n’est jamais bien loin. Des familles, des gens se structurent autour de l’hôpital de leur ville, autour d’un centre de soins, autour d’activités, autour de réseaux de bus aussi par exemple. Et il y a des gens qui ne supportent pas le moindre changement. La psychiatrie le sait.

Sécuriser une ville, sécuriser ses habitants, passe par nos institutions.

Et le projet médical du Sud-Aveyron doit répondre aux besoins immédiats de santé d’une grande majorité de la population, et ce n’est pas pour rien si dans l’Histoire un hôpital est toujours adossé à une ville, c’est pour éviter l’absence ou le renoncement aux soins, car après cela coûte encore plus cher à la société.

Nos institutions garantissent l’organisation de la société et la politique est là pour améliorer le vivre-ensemble.

Et là vous nous parlez d’un hôpital qui serait loin de tout !

Comment comprendre cela? Les millavois sont presque unanimes, lorsque l’hôpital vitrine est déconstruit, expliqué en profondeur, les gens veulent garder leur hôpital, même si certains se font prendre par cet éclatant projet tout neuf tout beau, comme si la compétence en découlait.

Pourquoi y-a-t-il autant de débats, de réactions autour de la mutualisation, de cet hôpital unique, commun ou médian depuis ces 20 dernières années ?

C’est peut-être parce que les gens pressentent qu’il ne faut pas que cela se fasse, que ce n’est pas une bonne chose sur le long terme pour de multiples raisons: temps de déplacement – non-proximité -augmentation empreinte carbone – consultations à la chaîne – patient numéro – déshumanisation du soin…Et il ne faudrait pas non plus que cet hôpital soit fait pour quelques médecins.

Les retours d’expériences des 3 hôpitaux médians existants en France sont déplorables (couloirs déserts, les soignants ne veulent pas y travailler, un CHU qui se désengage récemment, les routes non terminées…).

Il paraît que si ils sont déficitaires, c’est le coût de la construction, alors pourquoi construire ?

Et en plus si la construction pèse sur les finances, on imagine mal comment ils peuvent se remettre vu que sur le long terme tous les hôpitaux gagnent en déficit, avec une logique financière inadaptée au système de soin. Aussi à terme, si construire et investir dans du neuf plombe des finances, les économies se feront alors comme à chaque fois sur l’essentiel : le nombre de poste, le personnel et le nombre de lits, qui deviennent alors la variable d’ajustement.

Cela veut dire quoi ? Que les financeurs ont tout intérêt à ce que les gens utilisent beaucoup les services de l’hôpital ? Conduit par des parcours savamment organisés au niveau transports, éducation… Donc ce n’est peut être pas si grave que les gens soient aussi malades de leur société, de leurs corps, de leur travail… se faire de l’argent sur le dos de la souffrance des gens.

Pourtant, c’est toujours une minorité, quelques élus, quelques technocrates et quelques exécutants d’un discours, qui travaillent à ce que la technique prenne le pas sur l’humain, et il y a dans ces gens ceux qui n’ont pas compris les enjeux éthiques, profondément humains, tellement l’argument financier est aveuglant et princeps. Un peu de bon sens, l’argent est une création humaine, qui peut s’injecter (apparemment quand il le faut pour certains) ; et vous comprendrez que les gens sont souvent stupéfaits de constater qu’il y a de l’argent pour construire un hôpital neuf mais qu’il n’y en a pas ou pas assez pour le faire fonctionner sans souffrances au travail !

Nous voulons tous habiter un territoire où la qualité des soins est exceptionnelle, comme dans le service de psychiatrie qui dispose d’outils qui permettent de travailler, de stabiliser, de tisser et inventer des solutions tout en garantissant une certaine paix dans la cité. Même si comme tous, ce service a souffert des suppressions et remaniements incessants dû à ces moments d’incertitudes et d’insécurité que l’on nous fait vivre. Il semble insurmontable ici en Aveyron de penser une organisation des soins ou une réorganisation. Il serait tellement simple de penser nos deux hôpitaux comme devant donner accès à la même diversité d’offre de soins, proportionnellement à la densité de leur population.

Ou encore de penser un pôle médecine sur une ville et un pôle chirurgie sur l’autre.

Inspirons-nous de l’expérience de Saint-Flour qui a su se moderniser tout en continuant à fonctionner (chirurgie, médecine, maternité, service de suite, urgences…). Rien n’est impossible, si cela est bien pensé, anticipé et organisé. Un calendrier des travaux de modernisation et de réaménagement peut se penser, et peut-être que les professionnels de l’hôpital, seraient surprenants d’idées et de dévouements pour cela.

Rendez les soignants acteurs de cette modernisation et vous aurez des surprises d’inventions et d’adaptations.

Alors qu’un hôpital médian impacterait fortement l’organisation familiale de centaine de familles, impacterait aussi l’importance de l’appartenance à une équipe de soin, n’éviterait pas des drames sociaux, des changements de vie drastiques, des changements d’habitudes, des distances fatales – trajet trop long de 10 minutes pour sauver ce Monsieur d’un infarctus, un autre soignant qui a eu un accident en se rendant à l’hôpital, cela arrivera, vu le nombre de soignants que vous vous apprêtez à mettre sur les routes…et ce, juste pour répondre à des logiques du toujours plus en faisant des économies sur l’essentiel.

Bref, la distance à effectuer doit se penser en rapport avec une densité de population, puis quel sens cela a de l’éloigner autant de la caserne des pompiers. Deux services d’urgences

sauveront des vies…moins un… et la vie sait rappeler les choix que l’on fait.

Et sans compter la catastrophe écologique que peut être un hôpital avec ses pollutions chimiques, sonores, visuelles et artificialisation des sols (bâtiment, parking, aire d’atterrissage…).

Alors si nous prenons un peu de hauteur et élevons un peu le débat au-delà des arguments techniques et financiers, il ne nous reste qu’à prendre soin, au plus près, au plus simple, de notre ville, de nos prochains et de nos hôpitaux de proximité.

Il y a des locaux inutilisés, qui coûtent cher selon Mme Marty, pensons-les et utilisons-les pour élargir l’offre de soin. Une partie d’une des cliniques pourrait être dédiée au pôle oncologie. Proposer des projets innovants à nos financeurs à partir des besoins identifiés par les soignants et la population.

Fidéliser, rendre attractif se travaille en amont : c’est le cadre de vie qu’il soit professionnel ou personnel qui peut faire la différence. Nous, à Millau – Saint-Affrique, nous avons la qualité de vie déjà, aussi il faudra pas grand chose pour être attractif, juste optimiser les conditions de travail.Le travail des soignants, du personnel de l’hôpital quel qu’il soit est difficile, tout autant que celui du médecin; et la reconnaissance financière est incontournable pour ne pas épuiser les gens. Les titularisations et mises en stages devraient être automatiques à partir du moment où elles sont demandées.

Pour qu’un organisme, un établissement, une entreprise fonctionne il faut de la clarté, de l’assurance et de la définition, avec le représentant d’un chef, un médecin, par exemple, qui donne une direction, qui oriente, rassure et donne une stabilité.

À l’inverse de ce qu’induit les politiques de santé actuelle, il faut travailler à constituer des équipes stables, solides, les fidéliser, que les personnes aient le temps d’installer un lien entre elles, dans un rapport de complémentarité et de bienveillance.

Un bon hôpital est un bon équilibre entre la technique et l’humain. Ce n’est pas parce que nous aurons de belles machines neuves et performantes dans des locaux neufs que l’hôpital fonctionnera mieux. Et l’attractivité ne se pérennise pas par des beaux locaux, tout ce qui est du côté de l’image, de l’imaginaire ne tient pas dans le temps, si ce n’est pas noué à du symbolique. D’où l’importance dans un hôpital qui se doit d’accueillir et de garantir l’accès aux soins à tous et pour tous, des rapports humains entre les gens, qui y travaillent, qui viennent se faire soigner… C’est le plus important.

Aussi quand vous dites qu’un hôpital vieillissant n’est pas attractif, il ne l’est pas si on ne l’entretient pas c’est sûr, mais le vieux a l’avantage de l’expérience, du vécu et du renouvellement.

Les gens, les patients nous le disent : la gentillesse, disponibilité, bienveillance est primordiale dans un hôpital, la compétence en découle et pour cela il faut que les soignants se plaisent dans leur équipe, dans leur travail. Il ne faut alors pas être préoccupé par des choses qui ne relèvent pas de ses missions (réorganisations, rappel sur des RC, changements de planning, mutualisations des moyens, polyvalences.…). Dans un climat stable et serein, une équipe sesolidifie, et les soignants sont doublement productifs et les patients doublement au rv.

Il ne faut pas grand chose pour produire une équipe stable, dynamique et soignante. Il faut donner aux professionnels envie de rester.

Nous parlons à votre humanité, Mesdames, pour que Millau et Saint-Affrique, notre territoire, notre pays continue à être un haut-lieu de résistance à tout ce qui prône la marchandisation du vivant, d’un modèle de santé, qui connaît déjà ses limites.

Nous refusons cette expérimentation technocratique, issue du néolibéralisme sur notre territoire, qui fait croire que le neuf rend les gens et les machines compétents. Qui fait croire que la technique soigne tout. Et qui fait croire qu’un hôpital neuf garantirait des conditions de travail plus acceptable qu’un hôpital ancien? Au nom de quoi? Des goûts et préférences de chacun ? Ou des normes techniques qui aseptisent tout? Euh les machines ça peut aussi marcher dans des locaux anciens non ? Il y a toujours des solutions à inventer.

Nos hôpitaux racontent tellement d’histoires…. Les directions successives, le plan de performance, le plan de retour à l’équilibre, l’administration provisoire a traumatisé des équipes, des soignants, tout un hôpital. Depuis des années, on fragilise les équipes, les gens se croisent, sont acteurs passifs à leur grand désespoir de cette dégradation des soins, bref s’épuisent….

Aussi cela suffit cette maltraitance institutionnelle. Nous voulons travailler avec notre désir, notre courage et notre humanité. Nous sommes tous ici ou presque des spécialistes du soin, et sans l’humain, sa parole, son accueil, son regard, son intelligence et adaptation, la technique n’est rien.

Nous espérons que vous, vous resterez Mme XXXX car nous comptons sur la millavoise que vous êtes dans votre cœur, et que vous ne feriez pas ça à notre population, à votre karma,contribuer à la fermeture d’hôpitaux publics, bref leur enlever leur hôpital, leurs habitudes, qui a une sacré fonction pour nous tous, mais surtout pour les personnes âgées, handicapées et malades.

Nous refusons de croire que vous n’aurez pas le courage et la raison de renverser la situation et de réinvestir autrement notre patrimoine hospitalier, l’existant, auquel nous sommes tous, les concernés: population et soignants, très attachés.

Il faut arrêter de diviser le Sud Aveyron avec ces questions, les politiques de santé ont assez contribué à fragiliser le soin et à faire que la population ait des arriérés avec son hôpital, pour que certains d’entre nous voient cet hôpital comme la résolution du problème. C’est bien plus grave que cela. Maintenant il faut poser les choses, être clair, les gens ne sont pas dupes de cette désinformation à l’œuvre, et quand ils se renseignent sur les hôpitaux médians et qu’ils vont plus loin que la présentation vitrine, ils reviennent à du bon sens, et surtout à ce qui heurtera le moins l’ensemble de la population.

À vos consciences, à vos responsabilités !

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